Dans quelle partie du cerveau se nichent les mauvais souvenirs ?

Le 17 mars 2006, par Louis LEVY,

Les connaissances sur le fonctionnement cérébral à la base de la perception des émotions et la mémoire ne cessent de se développer depuis un demi-siècle.

Grâce àl’évaluation neuropsychologique de patients cérébrolésés ou ayant subi une lobectomie, la méthode anatomoclinique a pu démontrer le rôle important du lobe temporal dans la mémoire et les émotions.

Depuis, d’autres travaux ont pu préciser que la partie médiale du lobe temporal semble être particulièrement impliquée dans la mémoire des évènements avec une composante émotionnelle. L’hippocampe intervient dans l’encodage de nouvelles informations et l’amygdale module cette fonction selon le contexte émotionnel.

Ainsi les patients avec des lésions hippocampiques bilatérales épargnant les amygdales ont des performances mnésiques très altérées. Toutefois, la mémoire des informations avec une forte composante émotionnelle est moins perturbée. En cas de lésion unilatérale temporo-amygdalienne droite, il existe un renforcement émotionnel de la mémoire verbale àla différence de ce qui se passe avec une lésion gauche.

De nombreuses études chez l’homme et l’animal supportent la théorie de la modulation de la mémoire déclarative par les événements avec une teneur affective. Des données récentes validant cette théorie notamment en ce qui concerne la mémoire autobiographique viennent d’être publiées dans Brain par une équipe américaine.

Ces auteurs ont testé la mémoire autobiographique chez 23 patients ayant subi une lobectomie temporale pour épilepsy. Il leur a été demandé de se rappeler leurs cinq souvenirs les plus intenses et d’évaluer avec une grille multiparamétrique les souvenirs générés par la lecture d’une liste de mots plus ou moins chargés affectivement (cancer, enterrement, anniversaire, baiser, neige…).

Les patients avec une lobectomie temporale gauche ont évoqué un nombre de souvenirs équivalents aux sujets contrôles. Par contre ceux soumis àune lobectomie temporale droite évoquaient moins de souvenirs désagréables. Tous les patients et les contrôles ont privilégié dans la réminiscence de leurs souvenirs la période de leur vie de 10 à30 ans. Ce travail argumente l’implication privilégiée de la partie anteromédiale du lobe temporal droite dans la récupération des souvenirs àforte composante affective négative.

Après avoir identifié les zones cérébrales impliquées dans l’orgasme ou le rire, aurait on identifié le centre des mauvais souvenirs ? Certes ces données sont importantes mais il faut se garder de considérer le cerveau comme un ensemble de structures indépendantes dédiées àune fonction cognitive. Ceci nous ferait retomber dans un localisationnisme d’un autre siècle avec certains égarements de la psychochirurgie.

Dr Christian Geny

Post-Scriptum :

Buchanan TW et coll. : “Memories for emotional autobiographical events following unilateral damage to medial temporal lobe”. Brain 2006 ; 129 : 115-27. © Copyright 2005 http://www.jim.fr

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Dernière mise à jour le :
17 mars 2006
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