Maladie d’Alzheimer : Revue de presse

Le 19 janvier 2007, par Marc NICOLINI,

Communiqué par AMC 83


- MCI : Suivi àlong terme de 4 sous types (Neurology 2006 ; 67(12) : 2176-85, Busse A, Hensel A, Guhne U, Angermeyer MC, Riedel-Heller SG.)

Quatre sous types de déficits cognitifs légers (MCI) peuvent être différenciés, en fonction de l’atteinte d’un seul domaine cognitif (MCI-1D), ou de plusieurs (MCI-PD), et de l’existence d’une atteinte mnésique (Amn.MCI) ou non (nonAmn.MCI). L’objectif de cette étude longitudinale d’une population allemande fut d’évaluer la prévalence de ces différents types de MCI et d’étudier leur devenir pendant 6 ans. Sur 980 sujets non déments ayant participé initialement, 12 % ont été perdus de vue. Les données de 863 sujets ont donc finalement été analysées.

L’âge moyen était de 81,5 ans (SD 4,8 ; de 75 à99 ans), 75 % étaient des femmes et le MMS moyen était de 27,1 (SD 2,1). Initialement, 19,3 % des participants (95%CI 16,8-21,8) présentaient un MCI (critères de Petersen). Aucune différence significative ne fut retrouvée entre les groupes MCI et sans MCI concernant l’age, le sexe et le niveau d’éducation. Un déficit de type MCI-1D fut plus fréquemment retrouvé que celui de type MCI-PD ; Les patients MCI-Amn étaient aussi nombreux que les MCI-nonAmn. La répartition pour les 4 sous types était la suivante : 4,5% avec Amn.MCI-1D, 5,5% Amn.MCI-PD, 2,1% nonAmn.MCI-PD, et 7,1% nonAmn.MCI-1D.

Près de 20% des participants ont développé une démence. Les taux de conversion vers une démence des MCI sur un temps moyen d’observation de 4,3 ans étaient comparables àceux habituellement rapportés dans la littérature (31% en cas de MCI, contre 13% pour les sujets sans atteinte cognitive initiale). Un cinquième des participants avec MCI ont normalisé leurs performances cognitives. Les patients avec un MCI-Amn avaient un taux de conversion plus élevé que ceux avec MCI-non Amn. La conversion des différents sous types de MCI s’est faite vers une démence de type Alzheimer, sauf ceux avec un MCI-nonAmn avec atteinte de plusieurs domaines cognitifs.


- Taux de cholestérol sérique et incidence des démences : Suivi longitudinal de 26 ans (Arch Neurol. 2007 ; 64 : 103-107, Robert Stewart, MD ; Lon R. White, MD ; Qian-Li Xue, PhD ; Lenore J. Launer, PhD)

Les liens entre taux de cholestérol sérique et démence sont mal connus. L’objectif de ces auteurs fut de comparer l’histoire naturelle sur 26 ans des taux de cholestérol total sériques de sujets ayant développé une démence (3 ans après la dernière mesure) et de ceux non déments. 1027 hommes américano-japonais (Honolulu-Asia Aging Study) ont bénéficié d’une mesure de leur cholestérolémie à5 occasions entre 1965 et 1993 et ont été examinés sur le plan neuropsychologique à2 occasions entre 1991 et 1996.

A la fin de la période de suivi, 56 hommes présentaient une démence (critères du DSM-III-R). Ces patients déments, en particulier ceux avec une démence de type Alzheimer (31 sujets), avaient eu une diminution de leur taux de cholestérol total plus précocément (au moins 15 ans avant le diagnostic) et leur taux restait ensuite plus bas que ceux des sujets n’ayant pas développé de démence. Cette différence sur l’évolution des taux de cholestérol sur 26 ans persistait après ajustement concernant les facteurs de risque vasculaires et les traitements (notamment la prise d’hypolipémiant). En conclusion, le déclin précoce des taux de cholestérol sérique pourrait jouer un rôle dans le développement d’une démence.


- Des apports élevés de folates comme facteur protecteur de survenue d’une démence de type Alzheimer (Arch. Neurol. 2007 ; 64(1) : 86-92, Luchsinger JA, Tang MX, Miller J, Green R, Mayeux R.)

Une élévation des taux plasmatiques d’homocystéine est associée àune augmentation du risque de survenue d’une démence de type Alzheimer (DTA). Une augmentation des apports de folates, vitamines B6 (chlorhydrate de pyridoxine) et B12 (cyanocobalamine) pourrait théoriquement permettre d’abaisser ce risque par diminution de l’homocystéinémie.

Dans cette étude new-yorkaise, 965 sujets non déments, âgés de 65 ans ou plus (moyenne=75,8 +/- 5.8 ans, 70.5% de femmes) ont été suivis sur le plan neuropsychologique pendant 6,1 +/- 3,3 ans. L’évaluation initiale des apports alimentaires, notamment de folates, vitamines B6 et B12 a été faite grace àl’utilisation d’un questionnaire sémi-quantitatif.

192 participants ont développé une DTA (NINCDS-ADRDA). Seul un apport initial élevé de folates était associé àun abaissement du risque de développer une DTA, après l’ajustement pour l’âge, le sexe, le niveau d’éducation, l’appartenance ethnique, l’allèle epsilon4 de l’apolipoprotein E, les facteurs de rique vasculaire, un antécédent d’AVC et les apports de vitamines B6 et B12. Aucun lien ne fut retrouvé entre démence et apports initiaux de vitamines B6 ou B12.

En conclusion, une prise plus élevée d’acide folique peut diminuer le risque de survenue d’une DTA, indépendamment de la prise de vitamines B6 et B12. Les résultats de cette étude observationnelle sont àconfirmer par des essais cliniques.


- Atrophie du gyrus cingulaire et de l’hippocampe des démences de type Alzheimer et des dégénérescences lobaires fronto-temporales (Neurobiol. Aging. 2007 ; 28(1) : 20-8, Barnes J, Godbolt AK, Frost C, Boyes RG, Jones BF, Scahill RI, Rossor MN, Fox NC.)

Ces auteurs londoniens ont étudié la valeur diagnostique de la mesure (non automatisée) par IRM de l’atrophie du gyrus cingulaire et de l’hippocampe des démences de type Alzheimer (DTA) et des dégénérescences lobaires fronto-temporales (DLFT), prouvées histologiquement ou génétiquement.

Cette étude a concerné 19 patients DTA, 8 DLFT et 11 sujets contrôles sains appariés pour l’âge.

L’atrophie moyenne de la région cingulaire et de l’hippocampe fut respectivement de -0,3 (SD=1,2) et -0,1 (0,8) pour les sujets contrôles, 5,9 (3,5) et 3,4 (2,2) pour les patients DTA, et 8,6 (4,1) et 5,2 (5,4) pour les DLFT : L’atrophie des régions cingulaires et hippocampiques fut donc significativement plus marquée pour les patients DTA et DLFT par rapport aux sujets sains (p<0,001). Pour ces deux groupes de patients, il existait une différence significative dans la répartition de l’atrophie cingulaire ; plus antérieure en cas de DLFT, et plus postérieure en cas de DTA (p=0,03). Enfin, la différence d’atrophie était plus nette concernant la région cingulaire entre sujets contrôles et DLFT d’une part, et l’hippocampe entre sujets contrôles et DTA d’autre part. En conclusion, la mesure par IRM des régions cingulaires et hippocampiques est une aide au diagnostic des DTA et DLFT.


- Intérêt àlong terme de la stimulation cognitive sur le fonctionnement quotidien des sujets âgés (JAMA 2006 ; 296 : 2805-2814, SL Willis)

Si la rééducation cognitive a montré son intérêt chez les sujets âgés, ses effets « Ã©cologiques  » sur les actes de la vie quotidienne méritent d’être démontrés. Dans cet essai contrôlé en simple aveugle, les auteurs ont suivi, d’avril 1998 àdécembre 2004, 2832 volontaires (âge moyen = 73,6 ans, 26% afro-américains) totalement autonomes. 67% des sujets ont été suivis pendant 5 ans.

Quatre groupes de stimulation cognitive ont été conçus selon l’orientation de la stimulation sous forme de 10 séances : entraînement de la mémoire (mémoire épisodique verbale ; n = 711), du raisonnement (raisonnement par induction ; n = 705), de la rapidité d’analyse (recherche visuelle et identification ; n = 712) et un groupe témoin ; 4 séances de rappel ont été proposées au hasard, 11 et 35 mois après le premier atelier cognitif. L’évaluation des activités de la vie quotidienne reposait sur la cotation de l’IADL. Par comparaison au groupe témoin, les personnes qui avaient bénéficié d’un entraînement portant sur le raisonnement se disaient moins gênées dans la vie quotidienne. En revanche, la stimulation de la mémoire ou de la rapidité d’analyse n’avait aucun effet sur le score de l’IADL.

Les séances de rappel concernant le groupe « rapidité d’analyse  » montraient un effet significatif sur les mesures fonctionnelles dévolues àla rapidité de réalisation des actes dans la vie quotidienne. Ces séances n’avaient pas d’intérêt pour les 2 autres groupes. Pendant les 5 ans de suivi, les auteurs ont observé que l’effet de chaque stimulation se maintenait pour les capacités cognitives spécifiquement ciblées et que les séances de rappel apportaient une amélioration supplémentaire pour le renforcement des capacités de raisonnement et de rapidité d’analyse.

Conclusion : les séances de stimulation du raisonnement amènent un moindre déclin fonctionnel sur l’auto-évaluation de l’IADL. Par comparaison aux témoins, la stimulation cognitive apporte une amélioration spécifique des capacités cognitives rééduquées qui se maintient pendant 5 ans après le début de la prise en charge.


- Symptômes neuropsychiatriques chez les parkinsoniens déments (J. Neurol. Neurosurg. Psychiatry 2007 ; 78 : 36-42, D. Aarsland)

L’objectif des auteurs étaient d’explorer le profil des symptômes cognitifs des patients souffrant d’une démence parkinsonienne. 537 parkinsoniens issus d’un essai international multicentrique testant la rivastigmine ont été évalués avec l’échelle NPI ( NeuroPsychiatric Inventory). 89% des patients présentaient au moins un symptôme de la NPI, 77% en avaient au moins 2 et 64% des patients avaient au moins un symptôme coté > ou = 4. Les symptômes les plus fréquents étaient la dépression (58%), l’apathie (54%), l’anxiété (49%) et les hallucinations (44%).

Les patients souffrant d’une démence plus sévère et d’une maladie de Parkinson avancée avaient davantage de symptômes neuropsychiatriques. Près de 60% des aidants rapportaient au moins un symptôme du NPI responsable d’un stress modérément sévère. Les auteurs ont identifié 5 groupes selon les scores au NPI : un groupe avec peu de symptômes ou seulement légers (52%), un groupe regroupant les items « humeur  » (11%, scores de dépression, d’anxiété et d’apathie élevés), un groupe « apathie  » (24%, score d’apathie élevé alors que les autres scores étaient faibles pour les autres items), un groupe « agitation  » (5%, score d’agitation élevé et score total de la NPI élevé) et un groupe « psychose  » (8%, scores élevés aux items confusion et hallucinations). Les auteurs ont montré que c’était dans les groupes « psychose  » et « agitation  » qu’étaient observés les scores les plus faibles au MMS et les scores les plus élevés àl’UPDRS et le stress le plus important des aidants.

Conclusion : les symptômes neuropsychiatriques sont fréquents chez les patients parkinsoniens déments et leur profil est différent de celui des autres types de démence. Les auteurs ont pu individualiser des sous-groupes aux profils neuropsychiatriques différents, sous-tendus peut être par des modifications neurobiologiques distinctes.


- Influence des troubles cognitifs sur le risque d’institutionnalisation à3 ans après un AVC (J. Neurol. Neurosurg. Psychiatry 2007 ; 78 : 56-59, M Pasquini)

Un déclin cognitif pré-existant et une démence d’apparition récente sont fréquents chez les patients ayant un AVC mais leur influence sur le risque d’institutionnalisation est inconnue. Dans cette étude prospective 192 patients consécutifs admis pour AVC ont bénéficié d’une évaluation de leurs capacités cognitives antérieures àl’AVC par l’IQCODE ( Informant Questionnaire on Cognitive Decline in the Elderly). Pendant 3 ans, les 165 patients qui ont pu quitter l’unité vasculaire après la phase aiguë de l’AVC ont bénéficié d’une évaluation cognitive àla recherche d’une démence incidente et les auteurs ont recueilli le taux d’institutionnalisation à3 ans.

Les facteurs prédictifs indépendants de l’institutionnalisation disponibles dès l’admission étaient l’âge (Odds Ratio ajusté par année supplémentaire = 1,08, intervalle de confiance 95%, 1,03-1,15), la sévérité du déficit neurologique (OR ajusté pour une augmentation d’un point du score d’Orgogozo = 0,97, intervalle de confiance 95%, 0,96-0,99) et la sévérité du déficit cognitif (OR ajusté pour une augmentation d’un point au score de l’IQCODE = 1,03, intervalle de confiance 95%, 1,0-1,06). Les facteurs associés au placement à3 ans présents dès l’admission ou apparaissant pendant le suivi étaient l’âge (OR ajusté par année supplémentaire = 1,17, intervalle de confiance 95%, 1,07-1,27) et la démence qu’elle soit pré-existante ou dans un second temps (OR ajusté = 5,85, intervalle de confiance 95%, 1,59-21,59) mais pas la sévérité du déficit neurologique.

Conclusion : plus que la sévérité du handicap neurologique, l’âge et les troubles cognitifs sont les facteurs prédictifs les plus importants du risque d’institutionnalisation à3ans après un AVC.

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