Commentaires des neurologues sur le plan Alzheimer

Le 6 février 2008, par Louis LEVY,

Les représentants des secteurs de la neurologie, de la gériatrie, de la psychiatrie et de la recherche fondamentale interrogés par l’APM se sont déclarés globalement satisfaits des mesures contenues dans le plan Alzheimer, tout en soulignant qu’ils resteront vigilants sur l’attribution des financements et qu’ils souhaitent voir le plan évoluer vers une approche plus générale des neurosciences.

Plan Alzheimer : les neurologues, gériatres, psychiatres et chercheurs globalement satisfaits

(Par Luu-Ly DO-QUANG)

PARIS, 5 février 2008 (APM) - Les représentants des secteurs de la neurologie, de la gériatrie, de la psychiatrie et de la recherche fondamentale interrogés par l’APM se sont déclarés globalement satisfaits des mesures contenues dans le plan Alzheimer, tout en soulignant qu’ils resteront vigilants sur l’attribution des financements et qu’ils souhaitent voir le plan évoluer vers une approche plus générale des neurosciences.

Le président de la République, Nicolas Sarkozy, a présenté vendredi àNice le détail du troisième plan Alzheimer pour 2008-2012, annonçant un financement de 1,6 milliards d’euros dont 200 millions pour la recherche (cf dépêche APM FBLB1004)

"C’est un effort financier réel sur une maladie neurologique importante", se félicite le Pr Michel Clanet du CHU de Toulouse, souhaitant que la Fédération française de neurologie (FFN), dont il est le président, soit l’interlocuteur, aux côtés des autres acteurs de la prise en charge, de la mission interministérielle de pilotage du plan (cf dépêche APM LDLAV003 )

"Le milieu neurologique est très satisfait d’un plan sur la maladie d’Alzheimer hautement financé qui donne notamment du temps pour l’annonce du diagnostic et des moyens pour améliorer la prise en charge du patient, qui prend aussi en compte le poids pour l’aidant", estime le Pr Bruno Dubois de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière àParis (AP-HP).

Président de la Fédération nationale des centres mémoire de ressources et de recherche (CMRR), le Pr Jacques Touchon du CHU de Montpellier salue aussi le dispositif d’annonce du diagnostic, estimant que "des expériences ont été tirées du plan cancer", et le renforcement des consultations mémoire et des CMRR "qui permettront de réagir très rapidement dès qu’un traitement curatif sera mis au point".

La Société française de gériatrie et gérontologie (SFGG) se réjouit d’un plan "centré autour de la personne malade", indique sa déléguée générale, le Dr Geneviève Ruault, qui relève notamment le renforcement des structures d’accueil, l’effort pour développer la recherche en sciences humaines, la formation de tous les acteurs de la prise en charge et la réflexion éthique.

"Certains aspects qui avaient été négligés dans les deux précédents plans ont été pris en compte", renchérit le Pr Touchon. La maladie d’Alzheimer touche aussi des malades jeunes, rappelle le Pr Clanet, se félicitant que des mesures spécifiques pour leur prise en charge aient été annoncées.

De son côté, le Dr Olivier Lehembre, président de la Fédération française de psychiatrie, est satisfait de l’identification ou de la création d’unités spécifiques pour les patients présentant des troubles du comportement au sein des établissements hébergeant des personnes âgées dépendantes (Ehpad) (cf dépêche APM CBLB1002 )

"Il est important de dire que les patients atteints de la maladie d’Alzheimer peuvent développer des troubles psychiatriques, de former les équipes, de trouver des arrangements pour les patients au sein d’une équipe pluridisciplinaire car ce n’est pas la prescription de neuroleptiques qui va tout arranger", explique-t-il, soulignant qu’il est important d’avoir plus de places spécialisées mais aussi de proposer une prise en charge de qualité.

LE ROLE DE COORDINATION DES CMRR SOUS-ESTIME

Sur le volet recherche du plan, "l’accent donné est intéressant et on l’attendait", rappelle le Pr Touchon, mais il indique avoir "un petit point de déception". "Si les deux premiers plans avaient permis de créer notamment les CMRR, le troisième sous-estime l’outil important qu’ils représentent pour coordonner la recherche clinique".

Tout en se félicitant aussi du "financement important accordé àla recherche", le neurologue parisien émet "une réserve sur l’absence de mesure visible concernant le nécessaire renforcement des CMRR pour qu’ils puissent réaliser également leur mission de recherche clinique et de recherche translationnelle, mais elle peut être corrigée".

Concernant la création d’une fondation de coopération scientifique (cf dépêche APM RLLB1004)
pour rapprocher recherche fondamentale, recherche clinique et sciences sociales, le Pr Touchon la juge "plus souple" qu’un institut comme celui mis en place dans le cadre du plan cancer et espère qu’il y aura "des gens du terrain au sein du comité scientifique".

Etienne Hirsch, directeur de recherche CNRS àl’U679 Inserm àParis, président de la Société des neurosciences, se réjouit que "de l’argent soit injecté dans la recherche dans ce domaine car si les équipes françaises sont de qualité, elles sont peu nombreuses". Il espère que la fondation de coopération permettra de simplifier les procédures, tout en estimant qu’il aurait mieux valu l’intégrer dans une structure existante.

Le plan Alzheimer devrait aussi rendre la France de nouveau compétitive pour accueillir des essais cliniques car elle possède "l’expérience des études de qualité", fait remarquer le Pr Touchon, rappelant que le pays "avait pris très tôt le virage des essais cliniques" mais que l’arrêt de l’étude du premier vaccin àcause des effets secondaires et les lourdeurs administratives ont poussé les industriels àmener les essais dans d’autres pays.

Dans un communiqué, Les entreprises du médicament (Leem) disent voir dans "l’engagement présidentiel pour faire de la France un des pôles mondiaux de la recherche" dans la maladie d’Alzheimer, l’occasion d’associer l’ensemble des acteurs privés et publics et indique qu’elles "agiront auprès de ses adhérents et partenaires pour favoriser cette dynamique".

Pour André Delacourte, directeur de recherche Inserm (U837) àLille et président de l’Association pour le développement des neurosciences appliquées (Adna), il faut "une démarche plus volontariste dans le médicament" et "les moyens de conduire des essais thérapeutiques", tout en soulignant l’importance des interventions qui permettent de préserver la réserve neuronale, comme les stimulations cognitives.

"Il faudra faire comprendre aux chercheurs qu’ils doivent déposer des brevets, trouver les moyens de réduire les coà»ts des essais thérapeutiques, en testant de nouvelles molécules mais aussi en explorant la littérature", poursuit-il, tout en s’interrogeant sur l’utilisation des 200 millions attribués au volet recherche.

La question du financement fera l’objet d’une attention particulière :
c’est un financement du plan "significatif" mais "il faudra voir après quelle va être la réalité de cette annonce et suivre attentivement son application", prévient le Pr Touchon. La SFGG indique qu’elle aussi restera "très vigilante àla bonne attribution" de l’argent. "C’est un bon début mais il faudrait que le fléchage soit une réalité, que le financement ne soit pas détourné et pas détournable", commente le Dr Ruault.

UNE OCCASION UNIQUE POUR ELARGIR LE PLAN AUX NEUROSCIENCES

Des questions s’élèvent aussi sur la portée de ce volet recherche, comme le Pr Clanet qui exprime son "regret" qu’il ne porte pas sur l’ensemble des neurosciences.

"Ce qui est vraiment navrant, c’est qu’il n’y ait pas de plan général sur le cerveau car pour mieux comprendre la maladie d’Alzheimer, il est nécessaire de comprendre le cerveau normal et les autres pathologies", souligne Etienne Hirsch.

Pour Bernard Esambert, président du conseil scientifique de la Fédération pour la recherche sur le cerveau (FRC), si "une action nationale et spectaculaire sur la maladie d’Alzheimer est une excellente nouvelle", il estime également qu’"il faudra un jour, le plus tôt possible, un contenu élargi [au plan Alzheimer] sur l’ensemble des neurosciences" et que ce serait "une occasion unique pour la France de donner une impulsion au niveau de l’Europe" pour rejoindre les Etats-Unis et le Japon dans ce domaine.

Un rapport pour l’élaboration d’un plan sur le cerveau avait été remis en mars 2007 mais il n’a été repris que partiellement dans le plan Alzheimer, rappelle-t-on (cf dépêche APM LDKLH001 )

ld/cd/APM polsan

LDLB5003 05/02/2008 19:46 ACTU SNC

 

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communiqué de presse
Le 14 février 2008

Social-santé-vieillesse-Alzheimer-Sarkozy Plan Alzheimer : inquiétudes sur le financement (associations)

PARIS, 13 fév 2008 (AFP) - Des associations représentant les familles et établissements d’accueil de malades d’Alzheimer ont jugé mercredi "insuffisant" le financement du plan Alzheimer 2008-2012, qui prévoit l’engagement de 1,6 milliard d’euros de plus sur cinq ans. Nicolas Sarkozy a présenté le 1er février un plan en dix "mesures phare" pour accélérer la recherche et améliorer la prise en charge des malades. Lors d’une conférence de presse, Guy Le Rochais, de l’association France-Alzheimer, a salué "la philosophie" du plan, tout en "n’étant pas certain que les moyens soient au rendez-vous" et suffisants. "Le président de la République ne s’y est pas trompé puisqu’il a dit qu’il y aurait une réévaluation en cours de route", a-t-il noté. Selon M. Le Rochais, il est "faux" d’affirmer qu’il y a 5.200 places d’accueil de jour en France, car "le véritable nombre de places d’accueil thérapeutique de jour autonome, avec une équipe constituée et un projet d’établissement entièrement dédié au malade, ne dépasse pas 700". Rappelant que 70% de personnes atteintes par la maladie d’Alzheimer vivent à domicile, il a rappelé que "l"hébergement temporaire était une demande constante des familles". "Or ces hébergements temporaires sont occupés à 80% de manière permanente et c’est le système D qui prévaut, ce qui est très dommageable", a-t-il dit. Pour le président de l’AD-Pa (maisons de retraite), Pascal Champvert, il faudrait "doubler le nombre des professionnels aidant les personnes malades à domicile ou en établissement pour atteindre des niveaux comparables à ce qui se passe chez nos voisins européens", ce qui "suppose de trouver 5 à 6 milliards d’euros". "L’un des points positifs du plan", a poursuivi M. Champvert, est que M.  Sarkozy "ait insisté sur le +consentement+ de la personne". "Laissez entendre qu’une personne atteinte de pathologie Alzheimer n’est plus un être humain, n’a plus son mot à dire dans un certain nombre de décision est insupportable", a-t-il ajouté. Pour Jean-Marie Vetel (syndicat national de gérontologie), la France manque "d’unités psycho-gériatriques sanitaires qui permettent de garder certains malades au lieu de les renvoyer en maisons de retraite". Enfin, la formation des généralistes à la maladie d’Alzheimer pourrait être renforcée par "un certificat de consultation mémoire", a-t-il proposé.

 
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Le 14 février 2008

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PARIS, 13 fév 2008 (AFP) - Des associations représentant les familles et établissements d’accueil de malades d’Alzheimer ont jugé mercredi "insuffisant" le financement du plan Alzheimer 2008-2012, qui prévoit l’engagement de 1,6 milliard d’euros de plus sur cinq ans. Nicolas Sarkozy a présenté le 1er février un plan en dix "mesures phare" pour accélérer la recherche et améliorer la prise en charge des malades. Lors d’une conférence de presse, Guy Le Rochais, de l’association France-Alzheimer, a salué "la philosophie" du plan, tout en "n’étant pas certain que les moyens soient au rendez-vous" et suffisants. "Le président de la République ne s’y est pas trompé puisqu’il a dit qu’il y aurait une réévaluation en cours de route", a-t-il noté. Selon M. Le Rochais, il est "faux" d’affirmer qu’il y a 5.200 places d’accueil de jour en France, car "le véritable nombre de places d’accueil thérapeutique de jour autonome, avec une équipe constituée et un projet d’établissement entièrement dédié au malade, ne dépasse pas 700". Rappelant que 70% de personnes atteintes par la maladie d’Alzheimer vivent à domicile, il a rappelé que "l"hébergement temporaire était une demande constante des familles". "Or ces hébergements temporaires sont occupés à 80% de manière permanente et c’est le système D qui prévaut, ce qui est très dommageable", a-t-il dit. Pour le président de l’AD-Pa (maisons de retraite), Pascal Champvert, il faudrait "doubler le nombre des professionnels aidant les personnes malades à domicile ou en établissement pour atteindre des niveaux comparables à ce qui se passe chez nos voisins européens", ce qui "suppose de trouver 5 à 6 milliards d’euros". "L’un des points positifs du plan", a poursuivi M. Champvert, est que M.  Sarkozy "ait insisté sur le +consentement+ de la personne". "Laissez entendre qu’une personne atteinte de pathologie Alzheimer n’est plus un être humain, n’a plus son mot à dire dans un certain nombre de décision est insupportable", a-t-il ajouté. Pour Jean-Marie Vetel (syndicat national de gérontologie), la France manque "d’unités psycho-gériatriques sanitaires qui permettent de garder certains malades au lieu de les renvoyer en maisons de retraite". Enfin, la formation des généralistes à la maladie d’Alzheimer pourrait être renforcée par "un certificat de consultation mémoire", a-t-il proposé.

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