Le lent épuisement des proches de malades d’Alzheimer

Le 28 mai 2008, par Louis LEVY,

Frédéric Bimont est retourné vivre chez sa mère, 84 ans, pour s’en occuper : les frais de séjour des établissements d’accueil sont trop élevés

Elle s’assied sur le bord du canapé, le dos bien droit, les mains sur les genoux. " C’était intéressant, cette journée, mais je suis épuisée. C’était fatigant, fatigant. " Elle regarde par la fenêtre quelques instants avant de sourire ànouveau. " C’était épuisant, je suis fatiguée, fatiguée. " Jeannine Bimont a gardé un maintien impeccable et un sourire attachant, mais, de temps àautre, son regard s’absente. " Ce n’est pas toujours facile de capter son attention ", soupire son fils.

Jeannine Bimont, qui a 84 ans, souffre d’une maladie d’Alzheimer " moyenne " diagnostiquée en 2000. Pendant les premières années, elle a continué àvivre seule dans son appartement du 12e arrondissement, àParis. " Elle était encore très autonome, raconte Frédéric Bimont. Elle faisait ses courses, elle cuisinait, elle se repérait dans l’espace. Avec mes enfants, nous venions le dimanche et nous passions toujours un moment agréable avec elle. "

A partir de 2004, la situation se dégrade. Jeannine Bimont oublie les prénoms de ses petits-enfants, perd son appareil auditif, adopte peu àpeu des " comportements incongrus " : elle met des stylos dans la boîte àfromage, perd ses clés, range des produits frais dans les placards.

Un an plus tard, Frédéric, qui est divorcé et dont les quatre enfants sont majeurs, décide de venir habiter chez sa mère. " Elle ne pouvait plus vivre seule sans se mettre en danger. " Pendant les premières années, Frédéric Bimont, qui est psychologue àla RATP, assume seul la charge de sa mère. " Je pouvais partir travailler dans la journée sans me faire trop de souci. " Mais, en 2007, la maladie progresse : Jeannine Bimont provoque une inondation en laissant un robinet ouvert et se perd lorsqu’elle se promène dans le quartier. Frédéric Bimont, épuisé, se tourne vers le Point Paris Emeraude du 12e arrondissement qui l’oriente vers des associations spécialisées.

" CONTRAINTE "

Aujourd’hui, trois personnes interviennent auprès de Jeannine Bimont : la première se charge de la toilette du matin, la deuxième prépare un repas chaud, la troisième passe une heure auprès d’elle l’après-midi. Trois fois par semaine, elle se rend àune journée d’accueil pour travailler le langage et la mémoire. Cette prise en charge qui coà»te 1 830 euros par mois est en partie financée par son allocation personnalisée pour l’autonomie, qui s’élève à870 euros.

Frédéric Bimont est épuisé. Depuis trois ans, il n’a pas une minute de répit : sa mère le réveille très tôt, le sollicite sans cesse, tolère mal qu’il reçoive des amis. Aujourd’hui, Frédéric Bimont n’a plus de vie sociale : il fait garder sa mère une soirée par semaine et un dimanche après-midi sur deux pour voir son amie et " respirer un peu ", mais il passe l’essentiel de sa vie en tête àtête avec sa mère. " C’est une très grosse contrainte. Et encore, j’ai de la chance, elle n’est ni dépressive ni agressive. "

Ses dernières vacances remontent au mois d’aoà»t 2007 : cette année-là, le frère de Frédéric et sa femme, qui habitent dans le sud de la France, avaient accueilli Jeannine Bimont pendant dix jours. " Je suis parti avec mes quatre enfants, c’était formidable ", se souvient Frédéric Bimont. Mme Bimont est désormais trop atteinte pour vivre dans un appartement dans lequel elle n’a pas de repères. " C’est une expérience que nous ne pouvons plus tenter, soupire Frédéric Bimont. Je ne peux plus quitter Paris. "

Lorsqu’il travaille, dans la journée, l’inquiétude ne le quitte pas un instant : lorsque Jeannine Bimont se promène dans ce quartier qu’elle habite depuis 1964, elle se trompe d’immeuble, oublie son Digicode, met un tube de rouge àlèvres dans la serrure pour ouvrir la porte de l’appartement. Frédéric Bimont, qui lui glisse des numéros de téléphone de secours dans la poche, a fini par confier un trousseau de clés àla voisine. " Je ne peux pas me résigner àl’enfermer dans la journée, j’ai trop peur qu’elle ait un accident. "

Depuis qu’il s’occupe de sa mère, Frédéric Bimont a perdu huit kilos. " Parfois, je craque, je n’en peux plus, je deviens agressif. " Lui qui est psychologue participe àun groupe de parole sur la maladie d’Alzheimer mis en place par l’hôpital Rothschild. Il aimerait que sa mère soit accueillie dans un établissement, mais les frais de séjour sont très élevés : il faut compter plus de 2 000 euros par mois alors que la retraite de sa mère s’élève à1 000 euros et que son APA chuterait à370 euros. " Nous avons fait des calculs, avec mon frère, mais nous allons dans le mur ", soupire-t-il.

Anne chemin

Dans la même rubrique

Alzheimer : projet de décret
Personnes très dépendantes : un décret permet des structures de répit
Approches de projets de soins
Alzheimer : le mal du 21è siècle ?
Les trois quarts des résidents d’Ehpad souffrent de la maladie d’Alzheimer
Des réseaux gérontologiques dédiés à la maladie d’Alzheimer en projet à la MSA
Alzheimer et glucose
Alzheimer grande cause nationale 2007 ?
Le déclin cognitif léger pourrait être favorisé par la prise d’anticholinergiques !
L’étude du LCR au stade MCI
Faut-il prescrire un inhibiteur de la cholinestérase dans les Alzheimer évolués ?
Peut-on faire le diagnostic de maladie d’Alzheimer avec une prise de sang ?
Maladie d’Alzheimer : Analyse de la presse de référence
ALZHEIMER
Premiers essais des oméga 3 dans la maladie d’Alzheimer
Maladie d’Alzheimer : Revue de presse
OUTILS MUSICO-THERAPEUTIQUES
Infos maladie d’Alzheimer
L’Alzheimer au PET scan
Revue de presse Alzheimer
Revue de presse Alzheimer
Revue de presse Alzheimer
Revue de presse Alzheimer
Détecter précocement la maladie d’Alzheimer
Revue de presse Alzheimer
Revue de presse Alzheimer
Revue de presse Alzheimer 4 juillet 2007
L’association Alzheimer le Havre Pays de Caux organise
Diagnostic précoce Alzheimer
Revue de presse Alzheimer juillet 2007
AINS et Alzheimer : une nouvelle étude relance le débat
LES TROUBLES COGNITIFS CHEZ LES PERSONNES ÂGÉES PEUVENT ÊTRE REPÉRÉS EN MÉDECINE GÉNÉRALE
Le nouveau plan Alzheimer
Les statines protègent-elles de la maladie d’Alzheimer ?
Revue de presse Alzheimer septembre 2007
Dérèglement précoce du GPS cérébral dans la maladie d’Alzheimer
Revue de presse Alzheimer octobre 2007
Plan Alzheimer : 48 mesures proposées ce jeudi à Nicolas Sarkozy
Revue de presse novembre 2007
Prévenir l’épuisement des aidants
Alzheimer : Lancement de la "carte de soins et d’urgence"
Un rapport du Régime Social des Indépendants sur les dépenses de santé liées à la maladie d’Alzheimer
La dernière lettre de successfull aging
Le lent épuisement des proches de malades d’Alzheimer
Revue de presse Alzheimer mai 2008
Presse de référence Alzheimer
Analyse de la presse Alzheimer
Des allergies à l’Alzheimer : un sacré bond pour le dimebon
DENUTRITION ET MALADIE D’ALZHEIMER
Deux anti-Alzheimer donnent des résultats prometteurs
Un logiciel pour mieux diagnostiquer la maladie d’Alzheimer au stade précoce
Analyse de la presse Alzheimer
Revue de presse Alzheimer de PR éditions
Maladie d’Alzheimer : des risques pour les aidants
Alzheimer : en parler autour d’un café
Revue de presse Alzheimer
Revue de presse Alzheimer de PR éditions déc. 2008
Alzheimer : des symptômes avant le diagnostic
La maladie d’Alzheimer, un diabète du troisième type ?
CODEX un test rapide pour évaluer les fonctions cognitives
Comment différencier la démence du Parkinson et la démence à corps de Lewy ?
Alzheimer : ne pas traîner
Les médecins généralistes aussi efficaces que les cliniques de la mémoire

À propos de cet article

Dernière mise à jour le :
28 mai 2008
Statistiques de l'article :
29 visiteurs aujourd'hui
20242 visiteurs cumulés
Mots-clés :

Google

La citation du jour

Visiteurs ! Où êtes-vous ?

Map IP Address
Powered byIP2Location.com

Identifiez-vous

Certaines rubriques du site ne sont accessibles qu'aux visiteurs identifiés


mot de passe oublié ?

SPIP 1.9.2c [10268] | BliP 2.4 | XHTML 1.0 | CSS 2.0 | RSS 2.0 | Espace privé
Visiteurs par jour (cumul) : 2532 (3141437)